David Hortala
Artiste peintre




Portrait

D. Hortala, artiste peintre contemporain, bouffeur de vie assumé et imprévisible.

Bonnefoy n’a déjà plus de secret pour lui. A tel point que fixer un rendez-vous relève du parcours du combattant. Installé rue du Maroc depuis seulement trois mois, David Hortala énumère une dizaine de lieux insolites, pour la plupart inconnus du grand public toulousain. On opte pour le Mojito et le Jockey, deux établissements aux antipodes culturels. Deux atmosphères, deux clientèles. Un mélange des genres propice aux inspirations de l’artiste. A 31 ans, ce biterrois d’origine partage son temps entre la rénovation du 50 mètres carrés fraîchement acquis dans lequel il accueille son atelier de peinture, sa création artistique et sa mission de travailleur social. Aide médico-psychologique d’un centre médical pour SDF atteints de dépendances, il utilise la peinture comme mode thérapeutique laissant exprimer les maux, les phobies et les craintes des résidents. Leur permettre de se reconstruire aussi.

Arrivé il y a onze ans dans la ville rose, David Hortala se lance dans la création « instantiviste » à l’aide de ses mains, de spatules. Les pinceaux arriveront plus tard pour caresser les toiles de lin ou de coton. Le bois d’une porte recueillie sur le trottoir deviendra ponctuellement un support pour le peintre. Les mégalopoles lui servant de muse, il retrace un Tokyo en conflit avec son passé et ses traditions, un New York en proie aux flammes du 11 septembre. Déjà vu ? Cliché ? Pas si évident ! La touche de l’artiste est originale, l’alliance géométrique de couleurs chaudes avec un noir prédominant est maîtrisée. Préférant les grands formats, David travaille ses toiles par maturité du séchage. Avec, dans chacune d’entre elles, sa marque, son empreinte. Comme une signature. Omniprésentes dans sa série Rouges, les tours, de toutes formes et dimensions, font référence au phallus d’un père qui l’a renié. Les blocs sont devenus une identité, comme un rappel à sa période du cubisme. Malgré ça, il avoue voguer sur la tendance en présentant une collection de rouge et noir absorbés dans un paysage urbain. D’un caractère désorganisé et instable, le mangeur d’oranges ne reste pas moins un fin stratège reniflant ce qui est vendeur, « une sorte d’avant-gardiste commercial » tel qu’il s’imagine.

David a instauré son QG au Mojito, bar de nuit cosy de province. On découvre un bonhomme hyperactif, sourire et regards perchés, avenant, simple… Une barbe de plusieurs jours galopante, le pantin travaille contre toute attente son image. David connaît ses failles au même titre que son inévitable talent qui le pousse à vouloir prouver aux autres comme à lui-même. Quelque chose, une revanche sur la vie. Un retour en arrière, de ce passé dont il s’estime avoir été dérobé. Placé en foyer à l’âge de 14 ans pour éviter les foudres d’un père alcoolique, on le destine à la restauration. Mal dans sa peau, il jette sa casquette de petit délinquant et prend la route. La dépression le rattrape avec son lot d’expériences morbides, de tableaux sombres. Jusqu’au jour de ses 20 ans où il assumera soudainement sa sexualité : « J’ai eu un déclic un soir à la Villa Rouge, à Montpellier. J’ai vécu mon premier plan cul avec un mec comme une renaissance. » La Renaissance. C’est le titre qu’il donnera plus tard à une de ses toiles maîtresses, conjurant ainsi le sort paternel. Pas de misérabilisme dans la verve. Un tout naturel, sans regret ni jugement.

Son art, David le considère comme un simple miroir. Ses travaux artistiques évoluent selon la théorie d’Elizabeth Kübler-Ross, psychiatre suisse pionnière dans les études sur les cinq phases du deuil. Après la dépression, celle du déni dans lequel le rugbyman se réfugie suite à la mort accidentelle de son frère. Il reconnaît être encore dans le déni dont il s’extirpe quand des flash de réalité le jettent sur la toile. Ses nuits sont criblées d’insomnies… et de baises incontrôlées. La phase de l’acceptation selon Kübler-Ross est mitigée chez le jeune homme. David assume son homosexualité, ne la cachant d’ailleurs pas auprès des caïds beurs du quartier. Monsieur Hortala est un joueur instable, il jongle entre délires mégalomanes de réussite et provocations bon enfant… Jamais sérieux ! Toujours simple, sans prétention, avec l’humilité du gaillard qui sait d’où il vient. « Le jour de l’ultime acceptation verra la mort de mon âme », ironise-t-il pompeusement.

Face au diptyque sur lequel l’insatisfait apporte ses retouches, David évoque ses grands maîtres à penser. Andy Warhol dont il adore le personnage « à la fois avant-gardiste et businessman ». Picasso bien sûr qui inspira son passage dans le cubisme. Enfin, le ruthénois Pierre Soulages pour son travail de la matière, sa prédilection des grands formats sur lesquels la dominante du noir attire le jeune artiste. Incapable de rester en place, Il trépigne sur le damier peint en place du plancher. Fait des allers-retours, autiste. Si on lui demande où se cache la colère dans tout ça, il s’arrête et explose de rire : « Dans ma libido ! Et toi, tu la caches où ? »